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lundi 18 janvier 2010

.NET vs JEE

Voilà un titre de billet accrocheur! En fait, je vais me contenter de réagir à cet article d'Ayende Si vous écoutez un peu les voix alternatives du monde .NET, vous devez surement avoir déjà entendu parler de lui, sinon sachez juste qu'il est contributeur sur NHibernate, qu'il a initié l'implémentation de Linq2NHibernate, et qu'il a fait pas mal d'autres projets open source dans le monde de .Net, ainsi qu'un profiler propriétaire mais excellent pour NHibernate et Hibernate. Bref, ce bonhomme est très bon techniquement, et je suis toujours avec attention ses avis (notamment sur la mutualisation, désolé pour la private joke, mais les initiés comprendront :) ).

Bref, dans l'article que je donnais en début de billet, il donne donc son avis sur JEE vs .NET. Je suis globalement très d'accord avec lui sur son jugement sur JEE, et sur certains manques du langage Java. Cela fait maintenant un peu plus d'un an que je fais du Java 100% du temps, et que je ne touche plus à .NET, et pourtant je passe encore pas mal de temps à regretter certains fonctionnalités de C#. Ceci dit, cela fait également plus d'un an que je m'efforce le plus possible à ne PAS utiliser JEE. Et je pense que c'est un peu ça la force de Java vs .NET : une communauté réactive qui passe le plus clair de son temps à essayer de ne pas appliquer la philosophie "main stream" et à développer des alternatives . Mieux encore, il est tout à fait possible en entreprise d'utiliser ces projets open source sans rencontrer trop de résistances. Lorsque que je bossais en .NET, convaincre un client d'utiliser NHibernate (à une époque ou Entity Framework n'existait pas) relevait du défis, à tel point que j'ai été contraint dans une mission d'écrire mon propre mapper O/R. A ça ajouter une communauté, si on peut l'appeler ainsi, provenant majoritairement d'un monde VB6 sans bonnes pratiques, et vous obtenez une mini catastrophe. Des mouvements comme Alt.NET sont bien sûr à saluer et regroupent de très bon praticiens, mais je pense qu'ils représentent toujours hélas une minorité dans l'ensemble des développeurs .NET. Biens sûr tout n'est pas rose côté communauté Java, et elle comprend son lot de boulets et de mauvaises idées. Mais le simple fait qu'il soit tout simplement possible d'avoir le choix rend cette technologie plus attractive maintenant à mes yeux. Nous utilisons principalement Restlet dans Le Projet, et à ma connaissance, il ne connait pas d'équivalent en .NET aussi simple d'utilisation et de configuration. Le monde Java est un monde où les idées peuvent plus facilement s'épanouir j'ai l'impression, et où le réflexe "alternative open source" est bien plus ancré.

mardi 8 décembre 2009

AppEngine

Aujourd'hui, je vais essayer de parler un peu d'AppEngine.

Rapidement

Commençons par un peu de présentation. Pour ceux du fond qui ne le savent pas, AppEngine, c'est le système d'hébergement mutualisé made in google pour des applications développées soit en Python, soit en Java. L'idée est donc de développer tranquillement son application, et de laisser à google la responsabilité de l'infrastructure et de la montée en charge. Niveau facturation, on ne paie que ce qu'on consomme à partir d'un certain quota.

Déjà, le premier point que j'aimerais souligner, c'est que nous disposons enfin d'une offre solide et abordable d'hébergement mutualisé pour Java (pour python, on pouvait déjà trouver son bonheur en fouillant un peu). Ça n'a l'air de rien comme ça, mais j'ai envie de dire c'est pas trop tôt. Voilà près de 10 ans qu'il est très facile de trouver un hébergement mutualisé pour Php, mais qu'il est très difficile voir impossible de trouver une offre équivalente pour d'autres technologies. Du coup, PHP est presque devenu un standard sur le net, alors qu'il est sans doute difficile de trouver pire environnement de dev (support des TU lacunaire, pas de refactoring, un style très procédural, une communauté globalement très mal formée et sensibilisée aux bonnes pratiques de développement, pas de framework unifié de base, etc. etc.). Alors bien sûr, je ne pense pas qu'AppEngine va réussir à inverser la tendance, mais j'espère juste qu'à l'avenir, des offres d'hébergement pour des technologies/langages plus "agréables" comme Python ou Ruby vont fleurir sur le net. Bref, après un paragraphe qui je suis sûr, va me faire lapider par tous les aficionados de php, passons aux choses sérieuses (vous pouvez m'envoyer vos cailloux par email).

Un peu (beaucoup) de technique

Parlons un peu technique. Je vais me contenter de parler de la partie java d'AppEngine, car je ne suis pas du tout un expert python, et je n'utilise que des langages pour lequel il existe un IDE avec un bon support du refactoring (et ceux qui disent que ces outils ne servent juste qu'à palier les manques d'un langage n'ont juste rien compris à ce qu'est fondamentalement le refactoring).

En terme de développement et de déploiement, si vous utilisez le plugin eclipse de google, tout est excessivement simple, et mérite à peine d'en parler : vous codez, vous testez, et vous déployez en un seul clique. Un serveur de développement AppEngine est fourni pour vous permettre de faire des tests d'intégration, et TDD peut s'utiliser sans aucune contrainte, en fakant rapidement l'accès aux données. IntelliJ IDea dans sa version complète je crois fournit également un support pour tout ça. Là où ça commence à être compliqué, c'est si vous voulez utiliser maven pour automatiser votre build et votre intégration. Clairement, ce n'est pas au point, et j'ai laissé tomber l'idée pour le moment.

Ceci étant dit, abordons les limitaions d'AppEngines. Pour garantir la scalabilité et la mutualisation de votre application, Google a dû imposer des contraintes de taille.

Première contrainte, toutes les fonctionnalités de l'API java ne sont pas à votre disposition. Les deux restrictions qui sautent aux yeux mais qui sont assez logiques sont l'impossibilité bien sûr d'écrire sur le FileSystem, ainsi que l'interdiction de créer des threads. Il y en a d'autres, mais je vous laisse la surprise, je ne veux pas trop spoiler.

Deuxième contrainte très importante, et c'est celle qui va le plus nous intéresser : le stockage de vos données. Et oui, vous ne pouvez pas utiliser votre cher SGBD. C'est assez logique en fait. Pour garantir la scalabilité et la vitesse d'accès à vos données, google fournit son propre système, BigTable, pas du tout relationnel. Bon si cette base n'est pas relationnelle, qu'est-elle donc? Elle est hiérarchique. Ce genre d'approche permet de répartir bien mieux vos données sur N cluster, là ou les SGBD eux ont beaucoup plus de mal. Ce miracle est dû au fait que ces approches ne se concentrent par sur la cohérence des données, mai sur leur accessibilité et leur distribution, là où un sgbd se concentre sur l'accessibilité et la cohérence. Le bémol est donc que vous n'avez pas la garantie qu'à un instant T, une entité donnée est cohérente sur l'ensemble des noeuds. Ok, une base hiérarchique, c'est quoi donc? Vos données sont organisées en entités, contenant des propriétés clef/valeur de types supportés. Ces valeurs peuvent être d'autres entités. Le DataStore regroupe les entités par groupe, chaque groupe ayant une racine. Et là, normalement, si comme moi vous aimez Domain Driven Design, ça doit faire tilt dans votre tête. Entités? Groupe? Racine? Pouvons-nous réécrire ça en Agrégat, racine d'Agrégat et entité? Et bien oui, nous le pouvons. Nous avons face à nous un système de stockage mimant les grands concepts de DDD, et ça, c'est la classe. Nous pourrions normalement sauter de joie, mais hélas non, pas encore. Pour nous permettre de décrire la persistence, Google nous fournit une implémentation partielle de JDO ou JPA. Voilà déjà un premier point noir à mes yeux : pas d'ignorance de la persistance pour nos objets du domaine, vu que le mapping se fait donc nécessairement par annotations. Deuxième gros point noir, pour modélier une relation entre deux racines d'agrégats, nous devons nécessairement passer par la clef. Et oui, pas de mapping transparent entre deux racines : l'un ou l'autre contient la clef qui va nous permettre de faire la requête adaptée.

Dernière contrainte que je vais aborder : le développement itératif. Si vous suivez un modèle de développement agile correctement implémenté (ok disons que vous utilisez XP, ça ira plus vite), vous êtes incrémental et itératif. Itératif veut donc dire que votre modèle évolue au fur et à mesure des besoins et de votre compréhension. Si le modèle évolue, nécessairement sa persistance aussi. Le DataStore n'a pas du tout besoin que toutes les entités d'un même type possèdent les mêmes propriétés, donc on pourrait croire qu'en théorie pas de soucis. Oui mais si vous devez tout de même faire une mise à jour des vielles entités pour une raison X ou Y (notamment si vous avez ajouté un type valeur comme un boolean), comment faire? Voilà tout le soucis, actuellement, même si Google planche sur le sujet, vous ne pouvez pas facilement. Vous avez une limite de 1000 entités par requête, et une requête a un temps de vie très court accordé par le système avant d'être tuée. Il existe bien sûr des solutions de contournement, mais rien de bien simple et de pleinement satisfaisant.

Et pour conclure

Bien voici venu le temps d'une grosse conclusion. Ce que j'aime, voir ce que j'adore chez AppEngine, c'est enfin l'accès à un hébergement abordable et de qualité pour Java. Vous pouvez utilisez si vous développez avec AppEngine en tête dès le début vos frameworks et techos préférés (Groovy, Restlet, Spring, Guice <ajoutez ici votre techo>). J'adore également, et ce n'est pas seulement dû à AppEngine, l'attaque qui est faite aux SGBD traditionnelles. Des technologies solides de remplacement voient enfin le jour grâce à ces nouveaux services, et on peut espérer voir la fin de notre vivant des ces applications codées en procédures stockées, soit disant pour être performantes. Là vous n'avez pas le choix : votre métier est dans votre application, pas dans la base. Bien sûr, ce n'est pas encore complètement au point à mes yeux tant que l'ignorance de la persistance n'est pas atteinte, mais c'est sur une très bonne voie. Si vous ne voulez pas dépendre, à juste titre, de sociétés comme Google et Amazon pour stocker vos données, des implémentations solides et open source de ces nouvelles bases de données sont disponibles.

Enfin, je m'excuse si ma vulgarisation des théories derrière BigTable est vraiment lapidaire, mais je vous laisse bien entendu l'opportunité de me fustiger dans les commentaires :)

mercredi 24 juin 2009

Structure et frameworks

Voilà un titre bien obscure. Alors de quoi allons parler aujourd'hui? De la manière la plus simple que je vois actuellement de commencer une application web en java. Il y a quelques semaines effectivement un ami me demandait finalement quoi utiliser pour démarrer un projet de 0 e, avec comme postulat de base que finalement, tout était bien compliqué. Je vais donc décrire ici mes environnements/outils/frameworks favoris qui à mon sens, permettent de s'en sortir dans la grand majorité des cas, et tout en fournissant une base à la fois solide et extensible.

L'environnement

Avant même de commencer à développer, mieux vaut savoir comment nous allons développer. Je pense maintenant qu'il y a une base indispensable à tout projet avant même de penser conception et développement.

Build

Avec quoi construire notre appli? Ca a l'air bête comme question, mais ce n'est en fait pas si simple dans le monde de java, ou tout n'est pas aussi intégré et monolithique que dans le monde .NET.

Par défaut, à peu prêt tout le monde utilisait Ant. Personnellement, je n'en peux plus: xml au kilomètre, dépendances gérées à la main, pas user friendly, bref, une horreur à mes yeux. Si vous lisez de temps en temps ce blog, vous devez vous douter que je vais proposer Maven. Avec maven, il va être possible en 2 lignes de xml d'avoir un projet entièrement compilé, testé, packagé. Les dépendances sont téléchargées depuis un entrepôt central, et il les gère en cascade, donc on ne passe plus des heures à linker ou mettre à jour les libs externes, c'est géré. Si on suit ses conventions, c'est bien simple maven permet de faire oublier une grande partie des tâches techniques de base d'un projet.

Une question qui peut venir et savoir comment organiser son projet dans maven: Multi module ou mono module? l'avantage du multi module est qu'il va garantir une séparation entre les couches, là ou le mono module si on ne fait pas attention peut entraîner un certain mélange. Ceci dit, la complexité du multi module au début ne compense pas ce risque hypothétique, et mieux vaut de toute manière enseigner qu'interdire. Donc, jusqu'à le projet atteigne une complexité trop importante, je préfère la simplicité du mono module tout en faisant attention à ne pas mélanger les couches.

SCM

Même si vous êtes seuls, il vous faut quelque chose pour conserver et versionner votre source, ne serait-ce que par sécurité et pour avoir la possibilité de revenir en arrière. Git a beau être une star montant, je ne le connais pas, et je vais donc me contenter de conseiller subversion: simple, efficace, et non intrusif (pas de lock par défaut sur les fichiers).

IDE

Certains puristes vont certainement dire qu'un éditeur de texte suffit pour développer, mais à mon avis, on est loin d'une productivité optimale. Voilà à mes yeux ce que doit ABSOLUMENT faire un IDE:

  • intégrer les test unitaires : pouvoir les lancer facilement, et naviguer rapidement dans le code incriminé par un test rouge,
  • refactoring : c'est à mon sens l'outil ultime de productivité et de qualité. Sans aides au refacto il est trop facile, par manque de courage ou de temps, de ne pas faire des changements pour clarifier le code. Pourquoi renommer une classe si ça nous prend 10mn de faire le tour de l'appli pour trouver ceux qui l'utilise? Pourquoi extraire une super classe et centraliser du comportement si c'est un long travail fastidieux de copier/coller? Voilà pourquoi je pense qu'il est juste indispensable qu'un IDE intègre un certain nombre de refactorings assistés
  • auto-complétion, coloration, indentation: c'est la base, mais il est bon de le rappeler
  • navigation rapide dans le code: il doit être possible d'ouvrir rapidement des types ou des fichiers, mais aussi depuis une classe par exemple d'aller directement dans le code d'un objet qu'elle inclue.

Il y aurait être d'autres choses à ajouter, mais c'est déjà pas mal. Les trois IDE les plus connus du monde java (Eclipse, NetBeans, Intellij Idea) assurent tous ces fonctionnalités en plus d'une intégration à Maven indispensable dans notre cas. Je ne vais pas rentrer dans des débats religieux sur lequel est le mieux, mais personnellement j'utilise Eclipse.

Intégration continue

Je pense que l'intégration continue doit être en place dans le premier jour du projet, il ne faut pas attendre de commencer à avoir des soucis pour la mettre en place. Le minimum est bien sur de compiler l'application et de faire tourner les tests.

Il existe maintenant pas mal de solutions gratuites, mais je dois avouer ma nette préférence pour Hudson, grâce à son esprit "on déploie et ça marche". C'est très simple à mettre en place, il marche très bien avec Maven, et il peut être étendu à souhait avec pas mal de plugins. Que demander de plus?

Les technos

Bien, nous avons la base pour commencer à développer, c'est bien, mais ça ne nous dit pas quels frameworks utiliser pour bâtir notre application web. Au risque de spoiler un petit peu, je vous annonce tout de suite que je ne vais pas conseiller JEE, même en version "simple" en n'utilisant que servlet/jsp.

Restlet

Voici un framework qui mériterait un billet à part entière, mais je vais essayer de faire un résumé. Le but de restlet est de servir de base pour produire et consommer des ressources conformément à l'approche Rest. Ce qui est bien avec ça, c'est que l'on peut commencer très simplement, en faisant une application "à l'ancienne" avec des pages html entièrement générées côté serveur, puis commencer à si on veut à faire plus du RIA, avec GWT, Flex, Dojo, peu importe, les ressources restent les mêmes, on négocie juste une représentation différente.

Comme je le disais, Restlet est très simple à mettre en place, pas besoin de conteneur de Servlet ou autre, il peut démarrer son propre serveur web en une seule ligne de code. Les ressources et la configuration se fait également entièrement dans le code, avec quelques recours très discret aux annotations. Bref, Restlet est une base idéale pour toute application web: il est multi-paradigme, peut grossir en même temps que votre application sans vous forcer une grande complexité dès le début, bref, je suis fan. Ah vous de choisir au début si vous voulez faire une application à l'ancienne, du GWT, du flex etc etc, Restlet supporte tout le monde de toute manière. Suivant ce que vous avez décidé, vous pouvez ensuite par exemple utiliser Freemarker ou Velocity pour générer la représentation html de vos ressource selon une approche MVC bien connue.

Hibernate

Ah voilà un choix plus discutable n'est-ce pas quand on cherche à définir les frameworks les plus simples pour démarrer n'est-ce pas? Le plus simple pourrait-on me dire, serait de directement se connecter à la base, et de faire nos requêtes. Le soucis avec cette approche, c'est que jamais elle ne sera capable de gérer correctement une grande complexité. On se retrouvera nécessairement avec du code mort, de la duplication et une très faible réutilisabilité du code. Ceci dit, il doit y avoir plus simple qu'Hibernate non pour accéder à nos données? Sûrement, mais là je vais devoir avouer que je suis complètement perverti par DDD, et je ne conçois pas de ne pas d'abord penser objet, tester, puis seulement ensuite de faire apparaître la base. Seul un mapper O/R par metadata mapping permet d'utiliser cette approche à 100% , et hibernate est la meilleure solution open source gratuite que je connaisse pour atteindre ce but. Ah mes yeux, et pour une fois, l'effort d'écrire et maintenir tout ce XML me semble complètement être compensé par la valeur: pouvoir écrire un modèle du domaine testable et indépendant de toute considération technique. Le point discutable est sans doute, dans le cadre d'une application juste CRUD, est-ce que ça vaut le coup de sortir l'artillerie lourde? Ma réponse habituelle est que je n'ai jamais connu en 7 ans d'applications qui faisaient simplement du CRUD, donc j'ai le sentiment que ce n'est pas la règle mais le cas particulier. De plus, comment savoir à l'avance que l'application ne fera QUE du CRUD quand on la commence?

Quelques remarques

Il y a bien entendu des critiques à émettre sur le choix des technologies de base, notamment sur la productivité. Il y a peu voir pas du tout de travail prémaché dans ce que j'ai proposé, pas de composants déjà utilisables rapidement, ou de scripts pour générer rapidement les "échafaudages", sans doute parce que je ne suis fan d'aucunes des technologies proposant ces options, car trop de choix me déplaisent dedans (Ruby on Rails et Grails sont très contraignants sur pas mal de points, tant ils font de choix pour nous, Wicket, JSF and co sont orientés composants et modèle par page et ne tirent pas partie à mon avis des avantages du web; Spring MVC est déjà plus sympa, surtout en version 3, mais c'est déjà beaucoup plus lourd que Restlet...)

vendredi 15 mai 2009

Retour sur Bordeaux JUG TDD

Que d'acronymes dans ce titre. Hier soir, je suis donc allé pour la première fois à une réunion du JUG Bordelais car et d'une, je ne connaissais pas avant, et de deux, le sujet était TDD, et si vous me suivez un peu vous devez savoir que j'y accorde une certaine importance.

Pour mettre les choses au clair, le TDD est pour moi un point critique pour l'avenir de notre profession (oui carrément). Comme aime à le répéter l'oncle Bob, nous devons devenir des professionnels, et cela passe essentiellement par écrire du code propre. Hors comment écrire du code propre? Et bien pour le moment je n'ai pas trouvé mieux, et apparemment je ne suis pas le seul, que d'écrire les tests avant de coder.

Donc voilà le cadre posé, qui va me permettre maintenant de décrire ma déception. C'était un retour d'expérience sur un forfait mené normalement par les tests. Déjà, premier signe d'alarme, l'équipe s'est mise à tdd contrainte et forcée, car c'était une exigence du client. Deuxième point noir, personne dans l'équipe ne connaissait l'approche, du coup bien entendu, ils ont eut d'énormes difficultés à s'y mettre sans quelqu'un d'expérimenté pour montrer l'approche. Suite à cette présentation du contexte, on enchaine donc par une présentation un poil trop succincte de ce qu'est TDD. Ouf on a eu droit au moins un cycle test, code, refactor, mais le refactoring est à mon avis trop passé à la trappe. Disons plutôt qu'il était considéré comme acquis pour le public ou l'orateur, ce qui à mon avis n'était pas du tout le cas. Le plus gros défaut finalement et que cette introduction n'a montré tdd que comme une pratique de qualité, et pas d'architecture. Pire encore, cette présentation a été faite dans l'esprit que la qualité s'oppose à la productivité, ce qui est une des pires idées reçues de notre métier. La productivité passe par la qualité, inévitablement; j'y reviendrai plus loin.

Ensuite, s'en est suivi une partie bien trop longue à mon avis sur les problèmes que l'équipe avait rencontrés, et leurs solutions. Je pense que pour quelqu'un ne connaissant pas le sujet, toute cette partie a eu plutôt tendance à convaincre que tester, c'est long, cher et compliqué.

On finit ensuite par une métrique qui m'a obligée à réagir, encore une fois sur la productivité, à base de "regardez, l'application fait 3000 lignes, mais on a du faire 12000 de lignes de tests . Bouh la productivité de merde". Ok, alors premier point, je crois que l'on s'est bien rendu compte que productivité et nombre de ligne de code n'avait juste rien à voir. Piloter son code par les tests permet d'écrire du code plus concis et mieux structurer, et par la même moins gros qu'un code écrit sans les tests. Donc ces fameuses ligne de code que prennent les tests qui sont soit disant le mal absolu (on est pas payé à tester voyons), combien de lignes de code de production ont-elle économisées? Et à votre avis, entre un code qui fait juste ce qui est attendu, et un code qui en fait trop car il est parti dans les peut-être, lequel a le plus de chance de contenir des bugs? De plus, si on suit le cycle tdd: code de test qui suffit à être au rouge, code minimum pour faire passer, refacto; combien de temps passe-t-on dans le debugger? Oui ces grandes sessions de debugging, où l'environnement met plusieurs minutes à démarrer, où on pose des points d'arrêt à l'aveugle, où on rate son passage donc on doit recommencer; oui elles disparaissent pratiquement intégralement quand on mène correctement le développement par les tests. Pas un mot là dessus hier soir (enfin si, là j'ai pas pu m'empêcher de dire quelque chose). Autre gain de temps par tdd: on reste concentré. Plus de temps perdu car on papillonne sur trop de tâches en même temps: on reste concentré sur le test en cours, ce qui peut le faire passer au rouge ou au vert, et rien d'autre. Le fameux "turnaround" est ainsi réduit. Bien entendu, le gain final évident est qu'il est excessivement plus facile de découvrir et corriger les bugs quand on a produit l'application avec les tests qu'autrement.

Ah ce stade là, je tiens à féliciter la brillante intervention d'un des auditeurs, qui a tout de même sorti que comme les bugs, c'est de la maintenance, et que nous notre travail, c'est le développement, alors on en a rien à foutre de produire une application de qualité. Dixit le bonhomme, le client ne testant pas tout, il va accepter la livraison, nous donner le chèque, et ça nous suffit. Cette attitude à un nom: c'est de l'escroquerie, comme vendre une voiture d'occasion avec des freins prêts à céder. On a fait la vente, mais on a des chances de tuer le client. Cette vision est à mes yeux incroyablement limitée et pourrait presque s'apparenter à l'économie de la Camorra: un profit à très court terme sans considération pour les externalités négatives. Non seulement, le client ne reviendra sans doute pas, (je le sais, j'en récupère des déçus en ce moment), mais en plus, on donne une image de garagiste aux informaticiens. Vous avez déjà eu ce sentiment, en allant faire réparer votre voiture que vous allez vous faire truander? Et bien c'est exactement ce qu'est en train de devenir notre profession avec des attitudes pareils. Je crois que Michael a d'ailleurs bien répondu hier soir à cette remarque :) Je pourrai ajouter que je ne crois pas de toute manière en cette opposition développement/maintenance, et que la maintenant débute dès le premier commit, mais ce serait un peu hors sujet.

Une question également est passée à laquelle je n'ai pas eu le temps de répondre, c'était l'éternel "le client doit être mature pour accepter les tests". Ah ça je répond, que nous n'avons pas à vendre les tests. Nous n'avons pas à vendre au client que nous allons utiliser de l'intégration continue ou du refactoring. Nous n'avons pas à lui demander s'il préfère qu'on laisse un swicth à la place d'un polymorphisme, s'il préfère qu'on utilise eclipse ou netbeans Ce que je veux dire, ce que nous n'avons pas à lui vendre notre manière de travailler pour qui l'accepte. Il faut arrêter un peu de se plaindre tout le temps car on a pas l'autorisation de faire les choses comme on le voudrait. En tant que professionnels, nous sommes seuls en charge de notre manière de travailler. Nous sommes grands et responsables, et devons assumer pleinement le fait que nous avons un métier. La manière dont on l'accomplit techniquement regarde peu le client du moment que nous maximisons son investissement.

Pour conclure, j'ai tendance à penser que toute initiative pour faire découvrir TDD est bonne à prendre, mais la présentation d'hier soir animée par quelqu'un de très peu expérimenté dans l'approche, et qui apparemment du coup n'était pas du tout convaincu, à fait plus de mal que de bien à mon avis. J'ai conscience bien entendu que je ne prend pas de gants dans ce billet, et si je choque certaines personnes je m'en excuse, mais les commentaires sont ouverts, et puis si des gens du JUG me lisent, pourquoi ne pas organiser un contre débat?

P.S: toutes ces questions sont finalement des classiques, et Fabien avait déjà produit un billet sur le sujet il y a quelques temps pour répondre aux mêmes interrogations.